Me connaître

Je m’étais promis de ne jamais montrer mes photos à personne en dehors de mes proches et des gens que j’aime et me voilà ici à m’exhiber devant vous !

Pourquoi, me direz-vous ? Je ne trouve pas la démarche plus naturelle ou moins impudique aujourd’hui qu’hier, mais c’est certain, une chose a changé. Avec le temps, la peur de déplaire s’est dissipée. Enfin, oui et non. Pas complètement. Pour être honnête, j’ai toujours peur. Je trouvais plus facile de ne rien faire. Le regard de l’autre est souvent impitoyable. Montrer, c’est s’exposer. Je prends enfin un risque, le risque de déplaire.

Le risque étant pris, il faut maintenant aller jusqu’au bout. Alors, comment me présenter et quoi vous dire ? Je dois avant tout remercier le hasard qui m’a conduit à être photographe. Heureux hasard, je n’aurais certainement rien su ou pu faire d’autre. Je suis photographe par bonheur. Je me soucie peu de technique et d’appareils photos. Ce n’est pas ce qui compte à mes yeux, ça n’a rien d’important. Je préfère vous parler des photographes qui m’ont influencés et m’influencent encore. Cartier Bresson et sa quête de l’instant décisif, Jacques Henri Lartigues qui pensait voler des instants au temps. Ma joie devant les photos d’Elliott Erwitt et de tous ces autres photographes qui me nourrissent. Jusqu’au dernier que j’ai eu la joie de rencontrer l’espace de quelques instants, Lucien Clergue, à qui j’ai demandé de me prendre comme assistante. Je venais d’avoir cinquante ans. J’ai dit n’importe quoi pour qu’il accepte, jusqu’à lui proposer de lui emmener café croissants tous les matins. Je lui faisais même la promesse de le faire rire ! Il m’a répondu gentiment qu’il était malade et qu’il ne pouvait pas accepter mon offre bien qu’elle lui paraissait sympathique. J’ai pensé à une manière délicate de m’évincer. Peut-être, peut-être pas. Je ne le saurai jamais. Il nous a quitté quelques mois plus tard.

Il faut que je vous parle aussi de ce que je ressens quand j’appuie sur le déclencheur, de ce sentiment de bonheur intense qui me fait croire que je peux maîtriser l’instant. De mon besoin d’images aussi, telle une boulimique, je me remplis de tout ce que je peux voir. Et de tous ces sentiments mêlés qui font que je ne pourrais certainement pas me passer de faire de photos, même si je me questionne souvent sur ma légitimité à en faire.

Que je vous parle enfin de tous ces gens croisés au hasard d’une rue. Merci à vous pour ces instants partagés et pardon si je les ai volés.
Je me souviens de cette petite fille croisée dans une rue de la Havane. Je ne l’avais pas vu quand j’ai déclenché pour la première fois. Elle se tenait dans l’ombre, son pistolet en plastique pointé vers moi. Ça n’avait pas l’air d’être un jeu. J’étais bien l’ennemie, l’intruse qui venait lui voler son image, sa rue, sa maison. Je la tenais aussi dans mon viseur. Nous avons mis un moment à baisser nos armes.
Elle ne se souvient certainement plus de moi mais je me souviendrai d’elle.

Merci d avance de votre visite et n’hésitez pas à me laisser vos commentaires.

Véronique